Deuxième incursion du réalisateur Peter Hyams dans la SF après le thriller Capricorn OneOutland nous plonge dans le quotidien d’une station spatiale située sur Io, la troisième lune de Jupiter. Celle-ci héberge une colonie de deux mille mineurs censés extraire un minerai précieux du sous-sol du satellite. C’est là que vient d’être affecté O’Niel (Sean Connery, impeccable), nouvellement promu marshall de la station. Alors que son couple bât de l’aile et que sa famille semble ne pas arriver à s’adapter à cette nouvelle affectation, des événements étranges attirent l’attention du nouveau prévôt. Plusieurs ouvriers se donnent subitement la mort après des crises de démence inexpliquées. Une épidémie de suicide qui met bientôt le marshall sur la piste d’un trafic de stupéfiants impliquant sa propre hiérarchie. Déterminé à faire tomber les coupables, O’Niel se retrouve alors seul à appréhender sa propre condamnation à mort.

Réalisé après le bide de son mélodrame historique Guerre et PassionOutland résulte du désir du réalisateur Peter Hyams de réaliser un authentique western classique. Las, le genre n’a plus du tout la côte en ce début des 80’s totalement tournés vers la Science-Fiction. Largement influencé par la démarche de Lucas de transposer certains éléments du western dans un contexte purement science-fictionnel pour son Star Wars, Hyams entend bien écrire et réaliser son propre western en lui donnant l’apparence d’un space opera. Pas étonnant dès lors que Outland reprenne finalement dans ses grandes lignes, l’intrigue du classique Un train sifflera trois fois, par ailleurs film de chevet du réalisateur. Sous l’objectif de Hyams, la petite ville de l’ouest devient alors une gigantesque installation minière basée sur Io, une planète volcanique et satellite de Jupiter. Ses ouvriers sont aussi pleutres et égoïstes que l’étaient les habitants d’Hadleyville et la désertion soudaine des lieux dans le dernier acte ne fait que répondre à celle des ultimes scènes du film de Zinneman. Quant aux tueurs censés abattre le héros incorruptible, ils ne débarquent pas d’un train mais d’une navette spatiale.

D’un point de vue purement formel, la démarche de Hyams est de créer un environnement tout aussi futuriste que crédible, censé faire de l’espace un autre champ des possibles que l’humanité s’échinerait à conquérir. Les personnages de Outland sont donc à l’image de ces pionniers du far west américain, partis aux confins du monde connu dans la perspective de s’approprier de nouveaux territoires. Loin de s’abandonner à une science-fiction formellement aseptisée, Hyams livre avec Outland, une vision totalement sordide de nos lendemains. Sa station spatiale, il la conçoit comme un environnement inconfortable et surpeuplé, évoquant pour beaucoup les conditions de vie sur les pipelines et autres plates-formes pétrolières. Des centaines d’hommes et de femmes s’y entassent dans une promiscuité inconfortable presque suffocante, donnant ainsi à la station des allures de véritable fourmilière humaine. Le quotidien et l’éloignement avec le monde y est à ce point pénible que beaucoup semblent avoir recours aux drogues pour s’en échapper à leurs moments perdus (ce qui en outre permet de faire un parallèle thématique avec le roman Le Dieu venu du Centaure de Philip K.Dick, remember K-Priss).

Se refusant au moindre débordement spectaculaire, Hyams économise toujours ses effets à l’écran. Ici, le futurisme sinistre des décors et des effets spéciaux se met toujours au service de l’histoire et non l’inverse. De ses installations industrielles à son réfectoire en passant par ses coursives exiguës et son pub sordide, chaque décor du film traduit parfaitement la volonté du réalisateur d’immerger l’imagination du spectateur dans un réalisme prégnant, semblable en bien des points au concept de futur industriel et crasseux du Alien de Ridley Scott, sorti deux ans auparavant. A ceci près bien sûr qu’on ne trouvera jamais l’ombre d’un seul extra-terrestre ici.
Il est à ce titre intéressant de constater que Outland pourrait s’incorporer sans problème à l’univers d’Alien. On pourrait d’ailleurs y voir une sorte de spin-off officieux de la célèbre franchise où l’humanité s’évertuerait à dépêcher ses pionniers aux quatre coins de l’espace. Au vu de la cupidité et du cynisme de son principal représentant, le directeur de la station (incarné par Peter Boyle), la Compagnie du film de Hyams pourrait très bien être la Weyland-Yutani.

Malgré son indéniable réussite artistique, Outland ne rencontra pas le succès qu’il méritait au box-office. Il permit cependant à Peter Hyams d’asseoir sa réputation, celui-ci démontrant alors une véritable disposition pour le genre au point qu’on lui proposa quatre ans plus tard de diriger la suite de 2001 l’odyssée de l’espace. Si le réalisateur se sortit avec les honneurs de cette suite impensable, force est de constater qu’il n’en sera pas de même pour ses projets suivants. Ce qui fait de Outland probablement son meilleur film de Science-Fiction, un véritable classique du genre, injustement sous-estimé et dont on murmure qu’il attend depuis quelques années son propre remake.

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