Adapté librement du comic éponyme de Mark Millar et John Romita Jr, Kick-Ass retrace le parcours de Dave, un adolescent obnubilé par l’idée de devenir le premier super-héros dans le monde réel. Idéaliste et naïf, le jeune homme se confectionne un costume et part matraques en main, à la chasse aux délinquants de tous poils dans les rues de New York. Mais la désillusion est terriblement douloureuse, Dave n’ayant rien d’un grand combattant, il manque de se faire tuer dès sa première sortie. Le jeune homme n’abandonne pas pour autant sa mission et bientôt son alter-ego fantasmé devient le héros de la toile, des images volées diffusées sur Youtube le montrant en train de défendre coûte que coûte la victime d’une agression. Cet acte de bravoure le propulsant en tant que phénomène de société, son chemin finit par croiser celui de Big Daddy et Hit Girl, deux vigilantes costumés doublés de redoutables tueurs, partis en croisade contre le crime organisé.

Kick-Ass fut initialement construit autour du concept de décalage entre fiction et réalité, une idée à l’époque innovante, propice à tous les commentaires meta-textuels du film de super-héros. L’idée est simple : confronter un adolescent rêveur à ses illusions et le faire tomber de haut. Persuadé qu’il peut devenir l’équivalent de ses héros de papier, Dave finit par faire le dur apprentissage de la réalité de la rue. Il s’agit également ici d’imaginer l’impression que donnerait à l’opinion publique l’apparition d’un véritable vigilante costumé. Car on a beau s’extasier devant les prouesses des super-héros de chez DC et Marvel, une personne en combi se promenant la nuit pour combattre le crime provoquerait plus la risée que la crainte ou l’admiration. Mais tout aussi intéressante puisse-t-être l’idée, elle n’a déjà pourtant rien de si originale en 2010, le film de Vaughn (et le comic original) n’ayant fait que reprendre à leur compte un concept déjà employé dans deux autres films, les méconnus Special (2006) de Jeremy Passmore et Defendor (2009) de Peter Stebbings. Le premier a initié le (sous)genre du super “zero” movie dans l’indifférence générale, le second en aura fait une chouette variation débilo-héroïc autour de Woody Harrelson.

Bénéficiant d’une plus grande promotion que ses deux modèles, Kick-Ass aura rapidement séduit tous les publics jusqu’à faire croire à l’originalité de son pitch. Et il faut dire que le script exploite à merveille son concept, au moins durant les 40 premières minutes, avant de se contredire avec l’entrée en scène de Big Daddy et Hit Girl, ces deux vigilantes costumés dont les prouesses n’ont en fin de compte rien à envier à leurs modèles fictifs. Dès lors les séquences cultes s’enchaînent sans discontinuer, de celle de la descente sanglante de Hit Girl dans le repaire des dealers à la fusillade dans l’entrepôt (en mode Kryptonite), en passant par le carnage revanchard perpétré par Big Daddy. Remarquablement annoncé par un emprunt morriconien, le dernier acte voit enfin une gamine de onze ans (Chloé Grace Moretz, grande révélation du film) se lancer quasiment seule à l’assaut d’une tour de bureaux remplie de portes-flingues qu’elle massacre tous dans une apothéose de fusillades et de pugilats furibards. L’intention de base n’a alors plus court et Kick-Ass aura finalement trahit son concept initial pour se muer en authentique comic book movie. Le spectacle n’en est pas moins jubilatoire et terriblement efficace, assez pour que le spectateur lui pardonne cette légère trahison.

Véritable hommage aux comics books et aux vigilante movies, Kick-Ass étonne toujours autant six berges après sa sortie, ne serait-ce que pour ses personnages iconoclastes, son humour ravageur et ses effusions de violence décomplexée, rythmées par une B.O. d’enfer (The ProdigyThe Pretty RecklessThe Sparks) et les arrangements d’Henry Jackman et John Murphy (lequel n’hésitait d’ailleurs pas à piller sa propre discographie en réorchestrant pour l’occasion les thèmes de 28 days later et Sunshine). Il aura fallu attendre 2016 et les premiers exploits cinématographiques de Deadpool pour renouer avec cette irrévérence vis-à-vis du genre, très loin des standards modernes. Le film de Vaughn a aussi pour lui comme mérite (et pas des moindres) de proposer un des derniers grands rôles de Nicolas Cage, grand lecteur de comics devant l’éternel (et alors déjà abonné aux DTV et aux nanars ciné). Une manière pour celui qui aurait dû être le Kal-El de Burton de se venger de son éviction (et de la piètre qualité de son Ghost Rider) en incarnant ici un simili-Batman, dénué de règle d’or celui-là, mais à la gâchette extrêmement facile. Et ce même quand il s’agit de flinguer sa gamine… pour l’endurcir.

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